Partie Corylis · Dernier tour 4
Discord Se connecter

Histoire de Shalimar Da'Sun

Une lumière parmi tant d’autres


— Ils demandent votre nom.


Shalimar s’écarta de la carte stellaire.


— Il figure dans l’en-tête.

— Ils demandent de le confirmer, précisa Vaelis Sha’Kor.


La lumière de la commandante prit une nuance violette. Devant elle, le terminal de communication attendait toujours la validation du protocole d’identification. Une procédure ordinaire, destinée à une autorité nouvelle dont les réseaux diplomatiques ne savaient encore presque rien.


— Shalimar Da’Sun.


Un bref signal indiqua que la réponse avait été enregistrée.

Puis le formulaire suivant apparut.


— Affiliation, lut Vaelis.

— Maison Da’Sun.


Une nouvelle attente.

Veuillez préciser.


Une décharge courut à la surface de sa sphère.

Vaelis demeura immobile, sa lumière bleue étroitement contenue. Il avait accompagné suffisamment d’expéditions financées par les Da’Sun pour reconnaître les premiers signes d’une contrariété.


— Ce nom ne leur dit rien, observa-t-il.


Shalimar ne répondit pas immédiatement.


Dans les communautés où elle avait vécu, Da’Sun évoquait des comptoirs, des archives, des engagements anciens. On connaissait ses représentants. On discutait leurs décisions. Certains accueillaient Shalimar avec empressement ; d’autres trouvaient soudain une excellente raison de reporter leur rendez-vous.


Ici, son nom ne suffisait même pas à remplir un formulaire.


— Autorité indépendante zwaïa, finit-elle par dicter. Sous le commandement de Shalimar Da’Sun.


Cette fois, le terminal accepta.


— Voilà, dit Vaelis.

— Je suis ravie d’avoir satisfait ses ambitions.


Depuis le relais de Ju, la voix de Thaelis Or’Ven intervint :


— Si nos interlocuteurs demandent ensuite des garanties commerciales, tâchez de ne pas leur promettre tout ce que nous possédons.

— Nous n’avons encore parlé à personne.

— Je préfère prendre de l’avance.


La teinte violette de Shalimar s’atténua.

Autour d’elle, la salle portait encore les traces de l’installation. Des caisses d’archives attendaient leur transfert. Une console fonctionnait sans son panneau de protection. Sur un écran secondaire, les demandes des administrations locales s’accumulaient depuis le début de la séance.

Shalimar les avait ouvertes. Puis elle avait ouvert la carte.

À cette échelle, leurs deux systèmes occupaient bien peu de place.

Elle agrandit la projection jusqu’à faire apparaître les étoiles voisines. Les renseignements devenaient rapidement incomplets : coordonnées, relevés anciens, zones sans données fiables. Elle s’arrêta sur l’une d’elles.


— Combien de temps pour y envoyer une reconnaissance ?


Vaelis examina le point désigné.


— Je vous le dirai quand nous aurons vérifié l’itinéraire.

— Une estimation.

— Après vérification de l’itinéraire.


Shalimar resta un instant devant la projection, puis revint vers le terminal.


— Ouvrez l’enregistrement.


Vaelis activa la liaison. Le dispositif ajusta l’exposition à la présence lumineuse de la commandante ; quelques détails de la salle disparurent dans la clarté.


— Commandants,


Sa voix traduite avait une tonalité féminine, ferme, encore un peu sèche.


— Je suis Shalimar Da’Sun. Je prends aujourd’hui la parole au nom des mondes placés sous mon autorité.


Elle marqua une pause. Sur l’écran de contrôle, elle apercevait sa propre image, entourée d’une salle à moitié installée. Elle poursuivit sans demander de recadrage.


— Nous aurons besoin de connaître nos voisins, d’établir des relations et de trouver des partenaires avec lesquels travailler. Nos canaux sont ouverts à ceux qui souhaitent entrer en contact avec nous.


Sa lumière gagna en intensité lorsqu’elle aborda la suite.


— Nous portons un intérêt particulier aux échanges scientifiques et technologiques. Si vous êtes disposés à partager vos connaissances, nous sommes prêts à discuter de ce que nous pouvons vous apporter en retour.

Thaelis n’intervint pas.

— Certains d’entre vous connaissent peut-être le nom Da’Sun. Pour les autres, nous aurons l’occasion de faire connaissance.


Elle hésita brièvement, comme si une autre phrase lui venait. Puis sa lumière se stabilisa.


— Shalimar Da’Sun. Fin de transmission.


Vaelis coupa l’enregistrement.


— Cela vous convient ?


Elle le visionna une fois, sans commentaire.


— Envoyez.


Le message rejoignit les canaux diplomatiques, parmi les annonces, les offres et les revendications d’autres commandants. Aucun traitement particulier ne lui fut accordé. Bientôt, son nom descendrait dans la liste à mesure que de nouvelles transmissions arriveraient.


Shalimar suivit quelques instants l’accusé de diffusion.


— Maintenant, reprit Thaelis, les installations de Ju.


Elle rouvrit les documents du gouverneur.


— Je vous écoute.


La carte stellaire demeura allumée à côté.

De bonnes nouvelles

Thaelis Or’Ven avait presque terminé son rapport lorsqu’un nouveau message arriva.

Le lieutenant qu’il espérait recruter avait accepté une meilleure offre.

Le gouverneur relut l’annonce, puis la rangea avec les comptes rendus militaires. La pile des nouvelles à présenter avec précaution commençait à devenir encombrante.


Il connaissait assez Shalimar pour savoir comment se déroulerait leur entretien s’il commençait par là. Elle demanderait pourquoi ils n’avaient pas proposé davantage. Il lui expliquerait qu’ils avaient d’autres dépenses. Elle lui rappellerait alors que les Da’Sun n’avaient jamais manqué de ressources, avant de lui ordonner de trouver quelqu’un de plus compétent et, probablement, de beaucoup plus cher.

Il inscrivit donc :

« Les démarches se poursuivent pour renforcer l’administration du domaine. »

C’était une phrase rassurante. Elle lui donnait même quelque chose à faire.

Les rapports des flottes demandaient davantage de travail. De nouveaux mondes étaient passés sous leur autorité, mais les pertes et les offensives interrompues occupaient une place considérable dans les messages de Vaelis. Celui-ci avait la fâcheuse habitude de consacrer autant d’attention à un appareil détruit qu’à une position conquise.


Thaelis ouvrit un document vierge.

« Nos forces ont étendu votre autorité à de nouveaux mondes. »

Voilà un début convenable.

Il ajouta quelques lignes sur les populations désormais administrées, les ressources à exploiter et les bâtiments ennemis détruits. Le rapport prenait une tournure encourageante. Quant aux unités endommagées, elles firent l’objet d’une courte mention :

« Une remise en condition accompagnera la poursuite des opérations. »

Il resta un moment devant la liste des vaisseaux perdus. Puis il la plaça en annexe.

Les nouvelles des laboratoires lui épargnèrent ces efforts. Les recherches avaient abouti dans deux domaines. Il pouvait annoncer de véritables résultats, avec des perspectives suffisamment prometteuses pour retenir longtemps l’attention de Shalimar.

Il déplaça cette partie juste après les conquêtes.


Lorsque la liaison avec la commandante s’établit, Thaelis se sentit prêt.

— J’ai de bonnes nouvelles, annonça-t-il.

Shalimar brillait déjà d’une lumière vive.

— Moi aussi. J’ai échangé avec plusieurs commandants voisins. Les conversations ont été bien plus agréables que prévu.

Le gouverneur en éprouva un soulagement sincère. Il avait gardé un peu de place dans son emploi du temps pour réparer un éventuel incident diplomatique.

— Nous avons trouvé de quoi nous entendre, poursuivit-elle. Je vous transmettrai ce qui vous sera utile. Où en sommes-nous ?

Thaelis commença par les conquêtes.


Il parla de l’avancée de leurs forces et des premiers résultats obtenus. Shalimar lui demanda si les nouveaux territoires pouvaient soutenir leur développement. Il confirma qu’ils offraient des possibilités intéressantes, en prenant soin de ne pas préciser immédiatement tout ce qu’il faudrait y investir.

— Très bien. Il faut poursuivre. Je ne veux pas que nos flottes restent immobiles pendant que les autres avancent.

Thaelis nota l’instruction.

— Vaelis prépare la suite des opérations.

— Qu’il voie large.


Le gouverneur nota également cela. Vaelis apprécierait certainement.

Il passa aux découvertes scientifiques. À mesure qu’il présentait les résultats, la lumière de Shalimar gagna en intensité. Elle demanda des précisions, fit reprendre un passage et s’attarda sur les nouvelles possibilités offertes aux chercheurs.

Thaelis connaissait cet enthousiasme. Pour elle, ces travaux avaient une importance qui dépassait de loin la construction de quelques installations. C’était justement la raison pour laquelle il avait choisi de leur consacrer une large place.

— Il faut leur donner davantage de moyens, déclara-t-elle.

— Nous pouvons étudier…

— Faites-le. Ils avancent, Thaelis. C’est maintenant qu’il faut les soutenir.


Une nouvelle ligne rejoignit les précédentes.

Il aborda ensuite la production des mines et les perspectives de revenus. Shalimar l’écouta avec satisfaction.

— Vous voyez que nous avons des ressources.

— Nous avons surtout la possibilité de les développer.

— Alors développez-les.

Thaelis s’accorda une courte pause avant de répondre.

— C’est prévu.

Il lui restait à évoquer les moyens militaires. Il choisit un ton égal, presque distrait.

— Certaines unités auront besoin d’une remise en condition. Nous adapterons leur emploi en conséquence.

— Tant que cela ne bloque pas toute l’expansion.

— Nous organiserons les mouvements avec Vaelis.

Shalimar avait déjà rouvert le dossier scientifique.

— Et le renfort que vous souhaitiez pour l’administration ?

Thaelis regretta brièvement d’avoir mentionné ce recrutement lors de leur précédent entretien.

— Il n’a pas pu se concrétiser. Je poursuis les démarches.

— Bien. Trouvez quelqu’un qui puisse vous décharger. Vous avez suffisamment à faire.


Elle le disait avec une telle évidence qu’il ne trouva rien à ajouter.

L’entretien se termina peu après. Shalimar était satisfaite. Le domaine s’agrandissait, la recherche avançait et les premiers échanges avec les voisins avaient été encourageants. Elle demanda à être informée rapidement des prochaines découvertes, puis coupa la liaison.

Thaelis resta devant ses notes.

Poursuivre les conquêtes. Accélérer les recherches. Développer les revenus. Recruter du personnel.

Il rapprocha la liste du budget disponible et ouvrit un canal vers Vaelis.

— Elle a lu votre rapport ? demanda celui-ci.

— Je lui en ai présenté l’essentiel.

— Les pertes ?

— Les dispositions nécessaires seront prises.

— Thaelis…

— Elle souhaite que vous prépariez de nouvelles conquêtes.

Un silence suivit.

— Avec quels moyens ?

Le gouverneur fit apparaître les besoins de réparation, les dépenses de recherche et ses prévisions de recettes.

— C’est précisément pour cela que je vous appelle.

Un lieutenant plein d’idées

Cette fois, Thaelis Or’Ven n’avait pas besoin de chercher longtemps une bonne nouvelle : le recrutement avait réussi.

Naeris Sol’Kar avait rejoint leur service et attendait d’être présenté à Shalimar. Le gouverneur avait d’abord accueilli son arrivée avec soulagement. Puis le nouveau venu lui avait envoyé ses premières propositions.

Il y en avait déjà plusieurs.

Thaelis les avait parcourues entre deux rapports. Dispositions de combat, coordination des appareils, essais tactiques… Naeris avait manifestement étudié les engagements récents avec beaucoup d’attention. Il comptait maintenant expliquer comment faire mieux.

Le gouverneur espérait que Vaelis prendrait bien la chose.

En attendant, il avait un bilan à préparer. Les nouvelles conquêtes étaient confirmées, les mines produisaient davantage et les revenus progressaient. Les installations énergétiques et robotiques commençaient à donner une forme concrète aux découvertes précédentes. Les chantiers avaient même livré un nouveau bombardier zwaïa.

Tout cela se présentait très bien.

Les dépenses, en revanche, augmentaient plus vite que les recettes.

Thaelis conserva ce détail pour la fin.

Il parcourut ensuite le compte rendu de Vaelis. Des bâtiments ennemis détruits, de nouvelles positions acquises, quelques appareils perdus. Il commençait à connaître la méthode : développer les premiers points et joindre les derniers au dossier technique.

Enfin, les laboratoires annonçaient une avancée dans l’organisation des combats. Deux autres programmes approchaient de leur aboutissement sans l’avoir tout à fait atteint.

« Résultats attendus prochainement », écrivit-il.

Il préférait ne pas donner à Shalimar l’occasion de demander pourquoi « presque terminé » ne signifiait pas « terminé ».

Lorsque la commandante apparut sur la liaison, Naeris était déjà présent. Sa lumière blanche, traversée de reflets dorés, variait par pulsations rapides. À côté, la projection bleue de Vaelis paraissait encore plus immobile que d’habitude.

Thaelis fit les présentations.

— Naeris Sol’Kar. Notre nouvelle recrue. Il prendra le commandement de Lumière Luminescente.

— Vous avez pu examiner les rapports ? demanda Shalimar.

— Oui. J’ai plusieurs idées à vous proposer.

Le gouverneur aurait préféré qu’il commence par quelques mots de bienvenue.

Shalimar, elle, s’éclaira aussitôt.

— Très bien. Nous en aurons besoin.

Thaelis reprit la parole avant que Naeris puisse ouvrir ses schémas.

— Nos dernières opérations ont permis de nouvelles conquêtes. Les forces adverses ont subi des pertes importantes, et notre implantation se poursuit.

Il présenta les succès dans l’ordre qu’il avait soigneusement choisi. Shalimar demanda des nouvelles de la progression, félicita Vaelis et s’intéressa aux possibilités offertes par les territoires acquis.

— Il faudra les mettre en valeur rapidement.

— Les premières dispositions sont prévues, répondit Thaelis. Nos capacités de production augmentent déjà.

Il enchaîna sur les mines et les nouvelles installations. Cette partie avait le mérite de ne nécessiter aucun embellissement. Il put même annoncer la livraison du bombardier et la réparation de Lumière Luminescente.

Naeris intervint aussitôt.

— J’aimerais profiter de cette remise en état pour travailler sur la manière d’engager les appareils. Nous pouvons préparer plusieurs essais.

— Préparer, oui, dit Vaelis. Nous examinerons les propositions avant de les appliquer.

— C’est bien mon intention. Les derniers combats nous donnent une bonne base de travail.

Thaelis remarqua que la lumière de Naeris pulsait plus vite. Il ne semblait pas intimidé. C’était prometteur, à condition que cela ne devienne pas coûteux.

— Justement, reprit le gouverneur, les travaux sur la conduite des combats ont abouti. Nous disposons de nouvelles méthodes pour organiser nos engagements.

Shalimar accueillit la nouvelle avec une vive satisfaction.

— Alors utilisez-les. Je veux que nos découvertes servent.

— Nous commencerons par une première disposition, proposa Naeris. Nous pourrons ensuite l’améliorer avec l’expérience.

— Et avec les vaisseaux qui seront encore disponibles, ajouta Vaelis.

Un bref silence suivit.

Thaelis ouvrit immédiatement le bilan scientifique.

— Les autres programmes avancent également. Les équipes approchent de nouveaux résultats.

La manœuvre fonctionna. Shalimar demanda quand ils seraient prêts.

— Il reste quelques travaux de validation.

— Qu’ils disposent de tout ce qu’il leur faut. Je ne veux pas qu’une découverte attende pour une question de moyens.

Le gouverneur nota l’instruction. Il avait espéré que les nouveaux moyens de production lui accorderaient un peu de répit. Ils venaient surtout de donner à Shalimar de nouvelles raisons de dépenser.

Elle leur parla ensuite brièvement de ses échanges avec les commandants voisins. Les conversations avaient débouché sur des engagements rassurants. Thaelis s’en réjouit : chaque difficulté évitée à l’extérieur lui laissait davantage de temps pour celles qui s’accumulaient dans ses propres dossiers.

Il arriva enfin aux finances.

— Les revenus progressent. Toutefois, l’effort de construction, la recherche et l’entretien sollicitent encore nos réserves.

— C’est pour cela que nous en avons, répondit Shalimar.

— Naturellement. Il faudra néanmoins veiller à…

— Développer davantage nos revenus. Oui. Vous venez de me montrer que cela fonctionne. Continuez.

Thaelis regarda ses prévisions. Elles n’avaient pas changé.

Shalimar se tourna vers Naeris.

— Vous arrivez au bon moment. Vaelis vous aidera à préparer vos opérations. Je compte sur vous pour nous apporter de nouveaux succès.

La lumière blanche du lieutenant se fit plus intense.

— Vous les aurez.

Le gouverneur aurait volontiers remplacé cette réponse par une formulation moins engageante. La commandante l’avait déjà accueillie avec enthousiasme.

Quand la liaison prit fin, Naeris ouvrit enfin ses schémas.

— Si vous avez quelques instants, je voudrais vous montrer ce que j’ai préparé.

Vaelis examina la première projection.

Thaelis, lui, remarqua qu’un document supplémentaire venait d’apparaître dans sa messagerie.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une estimation des moyens qui pourraient être utiles pour la suite, répondit Naeris.

Le gouverneur ouvrit le fichier, puis le referma un instant.

Il avait enfin obtenu du renfort.

Il lui faudrait maintenant trouver de quoi le financer.

Un nom à donner

Thaelis Or’Ven avait envoyé les dossiers avant même de souhaiter la bienvenue à Seylan Va’Reth.

Il s’en rendit compte en voyant le nouveau gouverneur consulter les documents, mais celui-ci ne sembla pas s’en formaliser. Sa lumière ambrée formait des anneaux réguliers autour de son noyau, sans la moindre oscillation d’impatience.

— Les affaires courantes de la capitale ? demanda Seylan.

— Une première sélection. Vous trouverez les constructions, les approvisionnements, les demandes des administrations et les projets de la commandante.

— Ses projets sont classés par priorité ?

Thaelis hésita.

— Ils sont tous prioritaires. Elle vous expliquera.

Seylan poursuivit sa lecture. Le calme avec lequel il accueillait ces informations plaisait au gouverneur. Depuis quelque temps, chaque succès militaire apportait de nouvelles populations à administrer et chaque découverte scientifique une nouvelle série de dépenses. Il avait enfin quelqu’un avec qui partager les difficultés.

À condition, bien sûr, que Shalimar ne leur en ajoute pas davantage.

Lorsqu’elle les rejoignit pour le conseil, les projections de Vaelis et de Naeris étaient déjà actives. Elle salua son nouveau gouverneur avec une clarté chaleureuse qui se répandit sur les consoles.

— Seylan, je vous confie la capitale. Nos laboratoires et nos chantiers doivent pouvoir travailler sans attendre. Thaelis vous transmettra ce qui est nécessaire.

— Il a déjà commencé, répondit Seylan. Je prendrai connaissance des services dès la fin du conseil. Je souhaite notamment rapprocher les demandes de construction des capacités réelles d’approvisionnement. Nous pourrons ainsi vous présenter des programmes qui avancent jusqu’au bout.

Shalimar approuva. Thaelis remarqua la formulation : Seylan venait de parler de limites sans prononcer le mot.

Vaelis ouvrit le rapport militaire. Les dernières opérations avaient permis de nouvelles prises, et plusieurs bâtiments adverses avaient été détruits. Il présenta les résultats avec sa précision habituelle, en distinguant les positions acquises des territoires qui restaient à soumettre.

— Nos implantations se renforcent, conclut-il. Il faudra maintenant achever certaines prises tout en maintenant la protection des formations engagées.

— Et Lumière Luminescente ? demanda Shalimar.

Naeris attendait manifestement cette question.

— Les opérations ont été fructueuses. Nos appareils ont permis d’établir votre autorité sur de nouveaux mondes. Les comptes rendus des équipages me donnent aussi plusieurs pistes pour améliorer les prochains engagements.

Sa lumière blanche prenait des reflets dorés plus vifs à mesure qu’il parlait. Il ouvrit un schéma, puis un second, avant de se rappeler qu’il présentait un bilan.

— Je préparerai une proposition avec Vaelis, ajouta-t-il.

— Faites-le, répondit Shalimar. Vous avez obtenu des résultats ; je veux que vous puissiez poursuivre.

Vaelis reprit brièvement la parole pour signaler les dommages et la perte d’un appareil au cours des affrontements. Thaelis fit aussitôt apparaître le bilan d’ensemble.

— La progression demeure très favorable. Nous intégrons les besoins de remise en état à la préparation des prochaines opérations.

Il avait prononcé cette phrase avec l’assurance de quelqu’un qui comptait précisément s’en occuper après la réunion.

Seylan ne le contredit pas. Il demanda simplement à recevoir les besoins des flottes assez tôt pour les rapprocher des travaux des chantiers. Vaelis accepta, et la discussion passa aux recherches avant que Shalimar ne s’attarde sur les pertes.

Cette fois, Thaelis put annoncer plusieurs aboutissements. Les programmes qui frôlaient encore la réussite lors du précédent conseil avaient livré leurs résultats, rejoints par d’autres travaux. Protection des mondes, logiciels, production industrielle : les nouvelles possibilités se multipliaient.

Shalimar l’interrompit pour faire agrandir un document.

— Celui-ci aussi est validé ?

— Oui. Les équipes ont confirmé les résultats.

Elle resta un moment devant les schémas. Sa lumière avait changé, prenant cet éclat soutenu que Thaelis lui connaissait lorsqu’une découverte absorbait toute son attention.

— Faites transmettre mes félicitations aux chercheurs. Et qu’ils préparent la suite. Chacune de ces avancées ouvre d’autres questions ; nous avons les moyens de commencer à y répondre.

Thaelis allait aborder le budget lorsque Seylan intervint.

— Les progrès accomplis dans la gestion nous aideront également à mieux employer nos ressources. Je vous présenterai les premières applications pour la capitale.

— Très bien. Plus nous organiserons efficacement, plus nous pourrons financer les recherches.

Le nouveau gouverneur inclina légèrement sa sphère. Thaelis se demanda s’il avait prévu cette réponse.

La réunion semblait toucher à sa fin quand Shalimar revint à la carte du domaine. Elle la contempla assez longtemps pour que Naeris referme ses propositions.

— Nous devrions aussi nous occuper des noms.

Thaelis chercha un instant le dossier auquel elle faisait référence.

— Des noms, commandante ?

— Ceux de nos systèmes. À mesure qu’ils passeront entièrement sous notre autorité, je veux leur donner des noms qui aient un sens pour nous.

Elle fit défiler les désignations affichées, sans en retenir aucune à voix haute.

— Nous passons notre temps à parler de ce qu’ils produiront, de ce qu’il faut y construire et des forces nécessaires pour les tenir. Ils vont aussi devenir les lieux où notre histoire s’écrira. Je veux pouvoir les nommer en pensant à autre chose qu’à leur première apparition sur une carte.

Seylan observa la projection.

— Nous pouvons faire de chaque changement de nom un acte officiel, une fois le système entièrement placé sous votre autorité. Les administrations auront une date commune pour mettre à jour leurs registres et informer les populations.

— Exactement. Nous commencerons par la capitale.

Thaelis ouvrit machinalement une nouvelle note. Seylan, lui, posa la question évidente.

— Avez-vous déjà choisi son nom ?

Une variation lumineuse parcourut Shalimar.

— J’ai une idée.

Naeris attendit la suite. Vaelis aussi, à sa manière. Shalimar les laissa patienter quelques secondes avant de refermer la carte.

— Vous la connaîtrez lorsque je l’annoncerai. Pour l’instant, Seylan, prenez vos fonctions. Je veux que tout soit prêt pour ce nouveau départ.

Le conseil s’acheva sur cette instruction. Les héros regagnèrent leurs occupations, tandis que Thaelis et Seylan restaient en liaison pour répartir les dossiers.

Le nouveau gouverneur fit apparaître ses premières notes. Il avait déjà regroupé les demandes de la capitale par service, identifié plusieurs décisions à préparer et réservé une place au futur changement de nom.

— Je vais commencer par rencontrer les responsables, dit-il. Je vous transmettrai ensuite ce que nous pouvons prendre en charge directement.

Thaelis sentit enfin sa lumière se détendre.

— Vous verrez, elle sait très bien où elle veut nous conduire.

— C’est un bon début. Nous allons lui préparer le chemin.

Seylan ouvrit l’en-tête de son premier document officiel. Le nom actuel de la capitale y figurait encore. Après un instant de réflexion, il le remplaça provisoirement par une simple mention :

« Administration de la capitale. »

Puis il se remit au travail.

Répondre