Cycle 3
Dyeacai
10e planète
Orbite haute
Le capitaine de Frégate Zoran faisait des push-up, accoté sur la paroi du pont, cinq de ses matelots tentant tant bien que mal de le retenir contre le mur d'acier. Ça ressemblait plus à une prise au sol, dans un espace sans haut ni bas, les gros gaillards fergoks en culotte grimaçaient de peine à accomplir leur tâche. Ça suait et ça grognait, mais il fallait faire ce qu'il fallait dans une boîte de conserve sans gravité. Zoran ne semblait pas faire grand cas de la peine que se donnaient ses subalternes et comptait au rythme des flexions/extensions de ses bras "dix fois dix fois neuf fois 8 et 2...dix fois dix fois neuf fois 8 et 3...dix fois...". Subitement, un autre Fergok à lunettes, celui-là avec un uniforme militaire standard, qui était posté devant un hublot latéral lança un grognement sec de surprise, se pencha plus en avant, ajusta ses barniques et s'écria : "Contact à tribord! Contact à tribord!". Le capitaine réagissa si subitement, qu'il envoya ses "poids" voler tout azimuts. Les pauvres moussaillons en culottes courtes se tortillant pour accueillir les murs froids du vaisseau avec leurs bras et jambes, plutôt que de s'écraser à la suite de leur vol plané. On ne pouvait lire aucune surprise, aucune inquiétude, sur le visage de Zoran, seulement l'excitation du combat, cette flamme de passion au fond des yeux qui ont fait rendre les armes à tant de peuples, ce regard hyperfocus qui remettait en doute tous préjugés voulant que les Fergoks étaient des brutes épaisses sans aucune trace d'intelligence. La nature les avait construits pour le combat, et il allait peut-être entrer dans sa zone de confort.
L'ordre fut donné du ton le plus autoritaire : "Situation?". Et la réponse sèche, précise, efficace arriva : "Je décompte 20 bâtiments : 5 Frégates et 5 Grands bombardiers, accompagnés d'une petite chasse. Ils sont à quelques minutes."
On pouvait effectivement voir une dizaine de petits points disposés en formation ; l'absence de scanner dans la flotte de Soutien logistique n'avait pas permis de détecter l'approche plus rapidement. L'évaluation tactique du capitaine fut rapide : il s'agissait d'une flotte d'invasion, leurs propres troupes au sol - ou "Émissaires" - n'avaient pas terminées leurs "négociations" d'adhésion à la République, et ses ordres étaient clairs...il fallait à tout prix les défendre. Il se retourna à 180° pour jeter un coup d'œil à la flotte de Support tactique qui était toujours en train de tournoyer autour de la Flotte neutre à quelques clics.
"Envoyez nos salutations d'usage, informez-les de nos directives d'attaque préventive et mobilisez la flotte."
Les trois autres Frégates de la flotte prirent position, formant un carré imaginaire dans l'espace...aucune réponse. On pouvait maintenant clairement distinguer les 20 bâtiments militaires, battant pavillon fergok. Il s'agissait des forces du Baron Zophran, dont le territoire se trouvait à quelques parsecs. Nuls doutes qu'il souhaitait s'emparer de ce système. N'avait-il pas vu qu'il s'agissait déjà d'un territoire à trois-quarts républicain?
Une nouvelle missive leur fut envoyée, plus incisive celle-là. Toujours aucune réponse. La "4e flotte" changea de direction de quelques degrés dans un mouvement coordonné pour adopter une trajectoire d'entrée en atmosphère, et il était maintenant clair que les forces républicaines sur la planète couraient un grand danger.
"Prenez une position offensive, et tirez une salve d'avertissement!"
Les 5 projectiles de plasma dépassèrent la flotte adverse avec une précision typiquement fergoke : too close for comfort, mais sécuritaire. Cette fois, c'est le Fergok du plus haut grade de la flotte qui prit le communicateur, l'air agacé : "4e flotte, ici le Capitaine de Frégate Zoran de la République de Lyaaho ; le système Dyeacai est sous protectorat républicain, et poursuivre votre attitude agressive nous forcera à prendre ses mesures proportionnelles."
Il ne comprenait pas tout ce qu'il venait de dire, mais c'était le verbatim qu'on lui avait ordonné en pareille occasion et qu'il avait pratiqué de nombreuses fois. Aucune réponse sonore ne vint, mais la flotte adverse fit demi-tour d'un mouvement gracieux et ouvra immédiatement le feu sur la Frégate. Les tirs concentrés détruisirent instantanément les boucliers et désactivèrent le réacteur. Zoran n'eut pas besoin d'émettre un seul son que les quatre Frégates ripostèrent sans grands dégâts. Le capitaine fergok allait distribuer des directives tactiques aux autres commandants de Frégate lorsqu'il vit arriver une nouvelle salve de projectiles plasma. Il eut la vision furtive des bombardiers adverses abandonnant l'assaut, et esquissa un sourire satisfait : "Mission accom...". Sa Frégate explosa en une boule de feu éclatante.
Il n'en fut pas beaucoup autrement pour les autres vaisseaux qui furent détruites rapidement : jamais les Fergoks ne fuient un combat... même perdus d'avance.
Sur une planète d'un système à quelques parsecs de là, le palais de Zophran recevait une communication en provenance de Lyaaho. Un jeune Fergok à l'air fier et solennel apparu à l'écran. Sans attendre, il commença : "Commandant Zophran, ici le chancelier Rakshass de la République de Lyaaho. J'ai pu apprécier les prouesses de vos soldats en orbite de Dyeacai, ce fut un combat rondement mené et je vous en félicite.
J'aimerais vous tendre de nouveau une invitation à signer un Pacte de non-agression, afin d'éviter de futurs accrochages de la sorte. De plus, je crois que nous devons débuter des discussions territoriales formelles le plus rapidement possible.
Dans le cas où vous persistiez dans votre mutisme, nous devrons considérer que nos relations seront sous l'égide de l'hostilité, et vous pourrez vous aussi apprécier les talents militaires de la République.
Bonne réflexion."
Ces dernières phrases avaient été livrées avec une large sourire permettant d'admirer des crocs maculés et affûtés à souhait.